milk on the rocks

Comme dirait Philou, "les choses étant ce qu'elles sont, qui reprendra un verre?..."

28 janvier 2007

Bob DYLAN Talking World War III Blues


Bob DYLAN Talking World War III Blues
Vidéo envoyée par dylanne

Prenez donc quelques secondes pour redécouvrir ce trésor. J'ai même pensé à vous poster ci-dessous les paroles afin que vous puissiez juger la chose. Difficile d'atteindre un tel niveau de songwritting... Some time ago a crazy dream came to me, I dreamt I was walkin' into World War Three, I went to the doctor the very next day To see what kinda words he could say. He said it was a bad dream. I wouldn't worry 'bout it none, though, They were my own dreams and they're only in my head. I said, "Hold it, Doc, a World War passed through my brain." He said, "Nurse, get your pad, this boy's insane," He grabbed my arm, I said "Ouch!" As I landed on the psychiatric couch, He said, "Tell me about it." Well, the whole thing started at 3 o'clock fast, It was all over by quarter past. I was down in the sewer with some little lover When I peeked out from a manhole cover Wondering who turned the lights on. Well, I got up and walked around And up and down the lonesome town. I stood a-wondering which way to go, I lit a cigarette on a parking meter And walked on down the road. It was a normal day. Well, I rung the fallout shelter bell And I leaned my head and I gave a yell, "Give me a string bean, I'm a hungry man." A shotgun fired and away I ran. I don't blame them too much though, I know I look funny. Down at the corner by a hot-dog stand I seen a man, I said, "Howdy friend, I guess there's just us two." He screamed a bit and away he flew. Thought I was a Communist. Well, I spied a girl and before she could leave, "Let's go and play Adam and Eve." I took her by the hand and my heart it was thumpin' When she said, "Hey man, you crazy or sumpin', You see what happened last time they started." Well, I seen a Cadillac window uptown And there was nobody aroun', I got into the driver's seat And I drove 42nd Street In my Cadillac. Good car to drive after a war. Well, I remember seein' some ad, So I turned on my Conelrad. But I didn't pay my Con Ed bill, So the radio didn't work so well. Turned on my player- It was Rock-A-Day, Johnny singin', "Tell Your Ma, Tell Your Pa, Our Loves Are Gonna Grow Ooh-wah, Ooh-wah." I was feelin' kinda lonesome and blue, I needed somebody to talk to. So I called up the operator of time Just to hear a voice of some kind. "When you hear the beep It will be three o'clock," She said that for over an hour And I hung it up. Well, the doctor interrupted me just about then, Sayin, "Hey I've been havin' the same old dreams, But mine was a little different you see. I dreamt that the only person left after the war was me. I didn't see you around." Well, now time passed and now it seems Everybody's having them dreams. Everybody sees themselves walkin' around with no one else. Half of the people can be part right all of the time, Some of the people can be all right part of the time. But all the people can't be all right all the time I think Abraham Lincoln said that. "I'll let you be in my dreams if I can be in yours," I said that.

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17 janvier 2007

Bob Dylan, l'enfant terrible (4)

Suite et fin de la saga Dylan...

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En ce mois de mai 1966, Dylan chie dans son froc. Où sont passés les plaisirs simples de sa vie de bohème des débuts ? Qu’est-il advenu de la chaleur et de l’intimité de ses premiers concerts dans des salles aussi dégueulasses que minuscules ? Bobby n’est pas le messie. Il n’en veut pas de toute cette merde contestatrice et revendicatrice qu’on lui colle sur le dos. Y’a déjà Lennon et sa crevette asiatique aux yeux plus gros que le ventre sur le créneau. Enfin pas encore mais il anticipe. Qui sont ces jeunes qui scandent son nom à tous les meetings keep cool foireux des années 60 ? Qui sont-ils pour comprendre ses chansons ? On le sait, c’est chose connue, Dylan ne jouissait pas du talent commercial des Korn, Limp Bizkit et autre Linkin Park pour s’adresser aux kids comme dit ce gros bœuf de Fred Durst qui pousse le ridicule de son éclatante connerie jusqu’à se faire tatouer Kurt Cobain et Elvis Presley sur ses pectoraux  junkfoodiens. Autant dire que ces frêles épaules ne sont pas taillées pour supporter le poids de cette frénésie mid-sixties qu’on lui offre. Certes, il n’a jamais fait dans le conformisme et certains de ses textes, bien qu’il s’en défende, témoignent d’un léger esprit soixante-huitard, mais quand même : Bob Dylan n’est pas celui qu’on veut qu’il soit. Si bien qu’excédé et déboussolé par tout ce buzz, il se laisse aller à quelques faits et gestes pas spécialement bienvenus. Enigmatique, froid et hautain, le petit prince du folk crache dans la soupe plus qu’il ne faudrait. «Je n’ai jamais eu l’intention d’écrire sur la politique. Je ne voulais pas être un moraliste politique. Il y avait des gens pour faire ça. Phil Ochs se concentrait sur tous ces sujets politiques. Il y a tant de facettes en nous, et c’est elles que je voulais explorer. On peut se sentir si généreux un jour et si égoïste l’heure d’après ». Des discours de ce genre (et celui-ci est plutôt inoffensif) lui valent l’incompréhension et le mépris de ses auditeurs militants meurtris jusque dans leur chair hippy par un tel Karma. Et qu’à cela ne tienne, Dylan enfonce le clou par le dédain affiché de ses prestations scéniques plus que provocantes de mutisme et d’insolence. C’est pour ça qu’on l’aime notre Bobby, pour son intégrité artistique presque rustique mais tellement pure. Pas de froid calcul commercial, it’s only folk n’roll…Mais à trop jouer avec le feu, Dylan se crame aussi vite que ses petits neurones déjà bien embrouillés par sa paranoïa cocaïnique …Icare des temps modernes, ses ailes fondent à une vitesse vertigineuse sous les projecteurs ardents de la célébrité ; la chute est imminente. Mesdames et Messieurs, veuillez attacher vos ceintures de sécurité, le spectacle va s’achever…

Il est bientôt 21h00 quand Dylan rentre dans l’arène électrisée du Manchester Free Trade Hall en ce soir de mai 1966. Depuis trois semaines éprouvantes d’une des tournées les plus controversées de l’histoire du rock, notre gladiateur enchaîne les combats avec une rage impressionnante. Mais on ne peut gagner à tous les coups. Il le sait. Ce soir, les lions sont trop nombreux, trop vifs, et l’odeur du rock les excite. Le premier set, acoustique, essentiellement composé des titres de Highway 61 Revisited et de  Blonde on Blonde, les maintient à distance. Quelques applaudissements saluent même respectueusement le travail de l’artiste. Mais les choses se gâtent dans la deuxième partie. Dylan, présomptueux comme jamais, s’accroche à ce qu’il reste du navire et ordonne à son équipage de circonstance, les Hawks, d’augmenter les coups de rame. C’est donc avec les potards à 11 que le groupe attaque le sublime Tell Me Momma avant d’enchaîner sur un Baby Let Me Follow You Down prémonitoire et on ne peut mieux choisi. T’inquiète Bob, non seulement tu vas plonger avec eux, mais  ils vont te noyer. En effet, le public est debout et réclame, les deux pouces vers le bas, la mise à mort. Chacune des notes que balancent les Hawks sont  autant de balles qui déchirent la tension asphyxiante de la situation. Et au milieu de l’orage, seul, impérial, meurtri, Dylan qui hurle ses dernières volontés. « Judas ! » crie l’un des détracteurs perdu dans la foule déchaînée. « I don’t believe you » répond le chanteur. Il se tourne vers son groupe : « Play fucking loud ». Les Hawks s’élancent alors dans une version monolithique -la plus belle et la plus dangereuse- du chef d’œuvre rock des sixties : Like a Rolling Stone. Sur le Live 1966 qui, une chance pour chacun d’entre nous, immortalise avec panache ce concert, on peut entendre l’animal tirer ses dernières cartouches vocales sur des « How does it feeeeeeeeeel » glaçants de sincérité. Ironie du sort, Dylan, qui s’est battu depuis le début pour démolir l’étiquette de prophète contestataire qu’on lui avait immédiatement collé sur le nez, vient de tomber en martyr. Deux mois plus tard, Bobby loupe un virage, etc., etc.…. Plus rien ne sera comme avant. Certes, la musique ne se perdra jamais dans les facilités de la médiocrité racoleuse comme dans le cas de Bowie, Lou Reed ou Iggy Pop (China girl, quel supplice !) pour atteindre même fréquemment des sommets peu accessibles (Knockin’ on Heaven’s door, Things have Changed, Hurricane et tant d’autres), mais la magie, elle, ne survivra pas aux années Reagan, tombeau du rock et de ses derniers apôtres.

« Je n'ai jamais voulu être ni un prophète ni un sauveur. Elvis peut-être. Je me voyais bien devenir comme lui. Mais prophète? Non », dit le chanteur, aujourd'hui âgé de 63 ans…Dylan s’est brûlé à trop vouloir rester sincère.

« C'était comme entrer dans une histoire d'Edgar Allan Poe. On n'est tout simplement pas la personne que tout le monde pense que l'on est…Mon truc ... c'était les chansons … Ce n'était pas des sermons »,  ajoute-t-il. « Si on examine les chansons, je ne pense pas qu'on y trouve quoi que ce soit qui montre que je suis le porte-parole de quiconque ou de quelle cause que ce soit ». Ceux qui pensent comme ça « ne doivent pas avoir entendu les chansons ». Comme ça c’est dit. Et fini aussi.

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14 janvier 2007

Bob Dylan, l'enfant terrible (3)

Suite de notre saga Dylanienne, encore et toujours.dyaln_6

      Et en attendant justement, Robert rentre en studio en Novembre 1961 pour l’enregistrement de son premier album sobrement intitulé « Bob Dylan ». Peu après, Robert Allen Zimmerman abandonne son joli nom qui sent bon la terre promise pour celui plus trendy de Bob Dylan. Un anonyme disparaît, une légende est née. L’année 63 est celle de tous les succès. Bobby, encore traumatisé par sa rencontre avec Guthrie, clodo lessivé par la vie et la misère des grandeurs, enchaîne les concerts et déjà développe le sens commercial qu’on lui connaît en refusant de se produire au Ed Sullivan Show, passage télé alors obligé pour tout rebelle en quête de reconnaissance. Dandy corrompu par l’arrogance des génies consacrés trop jeunes, il n’est pas un chanteur à populace. Non, monsieur ne prostituera pas son âme d’élite aux plaisirs prosaïques du showbiz ; il préfère remettre la patte à l’étrier. Nous sommes en mai 1963 et Dylan, du haut de sa candide insolence, vient de pondre son premier chef d’œuvre : « Freewheelin’ ». L’album s’ouvre par « Blowin’ in the Wind », classique déjà célébré par Peter, Paul & Mary et qui, à la crête du mouvement pour les droits civiques, résumait les passions et les questions du temps. « How many roads must a man walk down/Before you call him a man”, chante notre beatnik convaincu. On nage en plein trip Easy Rider, genre road movie et compagnie… Tout le monde plane complet, par delà les paradis artificiels et acidifiés des prémisses du power flower. Et comme si ça ne suffisait pas, Bobby enchaîne par: « The answer my friend is blowin’ in the wind/The answer is blowin’ in the wind.” En dépit de son caractère my(s)t(h)ique, beaucoup reprochèrent à cette chanson une certaine faiblesse pour les trop nombreuses questions qu’elle posait sans y répondre. Dylan s’en défendra : « Le meilleur moyen de répondre à ces questions…c’est de les poser. Mais un tas de gens ont d’abord besoin de trouver le vent. » Il s’en sort bien l’enfoiré ! On trouve aussi sur  « The Freewheelin’ » d’autres pépites comme « Girl Of The North Country » ou encore le très beau « Masters Of War », véritable brûlot qui possède encore une puissance sidérante, sans parler de la violence du ton. Qui ne voudrait pas aujourd’hui rester debout près de la tombe de Cheney et son pantin de président ? « Pour être sûr que vous soyez mort. » Personne n’écrit plus des choses pareilles. Si « Freewheelin » offre à Dylan sa première intronisation dans le petit monde underground du folk, la parution de « The Times They Are A Changin’ » en janvier 1964 l’envoie tout droit côtoyer les étoiles filantes de la célébrité. Hymne de la jeunesse sixties d’une Amérique contestée dans son impérialisme capitaliste qui l’a clouée dans la merde vietkong, la chanson à laquelle l’album doit son titre caresse, par son imagerie simple et ses nombreux vers à consonance biblique, l’utopie naissante d’un monde meilleur pour les enfants de la guerre. Au milieu du défi, Dylan propose aux parents, critiques, écrivains et hommes politiques une chance de rejoindre ce flux changeant. L’interprétation chantée les dents serrées, la cadence et le ton messianique des lyrics confère au pamphlet dylannien un certain côté old-fashioned d’exhortation. Le fait est que quarante ans après, les temps n’ont pas changé… Mais qu’importe, on pardonne, juste pour la nostalgie. Pour ce petit goût d’anarchie qu’on ne peut que rêver à défaut d’autre chose. Toujours est il que Bob, désormais libéré des griffes de son manager véreux Al Grossman, vient de redonner au folk ces lettres de noblesse.  Tous ne jurent plus que par ce « sous-genre considéré comme de la merde », érigé maintenant en croque-mitaine de la bonne conscience yankee.

      

      Jusqu’à ce jour fatidique du 29 juillet 1966 (vous vous rappelez, Bobby, sa moto, les choux, le décor…), Dylan n’arrête pas une seconde. Le jeune prodige est même complètement flippé à la seule idée de dormir. Parano jusqu’au bout de ses narines poudrées comme un sapin de Noël, il enchaîne acides et compositions et met en boîte, en deux petites années, pas moins de quatre albums tous plus brillants les uns que les autres. Le Grand Chelem s’ouvre en 1964 avec « Another Side of Bob Dylan » -ça put déjà la mégalomanie, se poursuit en 1965 avec « Bringin’ It All Back Home », atteint des sommets six mois plus tard avec « Highway 61 Revisited », et touche carrément le ciel le 16 mai 1966 quand paraît le très célèbre « Blonde On Blonde ». Bob Dylan est désormais, n’en déplaise à notre jacky national Johnny Halliday, l’idole des jeunes. Et oui, son « Like a Rolling Stone », « le plus grand simple de rock de tous les temps » selon le « New Musical Express », composé en une nuit, au piano, et en une seule prise, atteint la deuxième place des meilleures ventes américaines en Septembre 1965. Il s’encanaille avec les Hawks, futurs The Band, groupuscule musical obscur détruit par ses trop grandes ambitions mais non moins génial, et part prêcher la bonne musique à travers les Etats-Unis, l’Europe et l’Angleterre surtout…

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02 janvier 2007

Bob Dylan, l'enfant terrible (2)

Suite de notre petite entreprise dylanienne. J'espère que cela vous intéressera...

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29 juillet 1966, Woodstock. Bobby loupe un virage et envoie sa moto et sa carrière dans les choux. Le souvenir encore brûlant de James Dean, autre victime de cette fureur de mourir très rock’n’rollienne, plane tragiquement au-dessus des brushings peace & love  d’une génération qui se cherche. Fin de la pièce ? Loin s’en faut. Seulement celle de l’acte I. Bienvenue dans l’histoire tragi-comique de Bob Dylan, alias Robert Allen Zimmerman.

Dernières petites précisions avant d’ouvrir les hostilités : on ne compte plus le nombre de bio consacrées à l’animal. Parfois heureuses, souvent  désastreuses, toutes ont dû renoncer au projet ambitieux de saisir toute la complexité du personnage sans prendre position. Voici donc un énième « point de vue », certes moins exhaustif, sur la vie de Bob Dylan l’enfant terrible du folk, le paradoxe insaisissable du rock. 

      Notre petit juif poussa sa première chansonnette le 24 mai 1941 dans une petite bourgade sans histoire (donc terriblement chiante, cela va de soi !) du Minnesota. En 1955, il décide de se faire les dents sur un vieux piano pourri au sein des Golden Chords, gentil groupe de prés pubère dont le répertoire ne doit pas dépasser les trois standards ricains du moment. Il troque rapidement son huit octaves pour une six cordes acoustique qui l’accompagne lors de prestations fumeuses dans les cafés miteux de Minneapolis. A l’été 1960, c’est la révélation. Le jeune Zimmerman est frappé par la grâce d’un de ces poètes obscurs tombés pour queudale  si ce n’est pour la gloire de leurs disciples : Woody Guthrie. Même après toutes ces années, son regard continue de briller à l’évocation de Guthrie, ce poète des « boules de poussière », dont quelques chansons, comme « This land Is Your Land », évoque avec une éloquence rare le gouffre qui sépare les idéaux américains de la réalité. A l’automne, il apprend l’harmonica et en décembre, il débarque avec sa guitare et son sac dans le froid hivernal qui secoue les fêtes de fin d’année new-yorkaises. Pas con pour un sou, notre songwritter décide de prendre ses quartiers à Greenwich Village, sorte d'enclave fashion-bobo érigée en  chef lieu artistique de la Beat Generation, cette génération de branleurs qui, entre deux bédos bien tassés, rêve de transgressions et de nouveaux chemins pour atteindre des concepts pas bien originaux genre fraternité et création, mais sous une forme originale et inédite. Cette « Bite » Generation tenta de réveiller le corps et l'esprit: voyager sous tous les cieux, boire, se droguer, appeler Dieu ou le rejeter, abolir toutes les conventions, toutes les traditions, partir seul ou à plusieurs, rêver sa solitude, vivre son enthousiasme aussi bien que sa dépression, brûler sa vie jusqu'à se détruire. «Les seuls gens vrais pour moi sont les fous, ceux qui sont fous d'envie de vivre, fous d'envie de parler, d'être sauvés, fous de désir pour tout à la fois, ceux qui ne baillent jamais et qui ne disent jamais de banalités, mais qui brûlent, brûlent, comme des feux d'artifice extraordinaires qui explosent comme des araignées dans les étoiles, et en leur centre on peut voir la lueur bleue qui éclate et tout le monde fait "Waou !" ». Tels sont les mots du prince déchu de la Beat Generation, Jack Kerouac. J’ouvre donc une parenthèse nécessaire pour comprendre le bourbier dans lequel les premières compos de Dylan s’enracinèrent. 

     Que recouvre au juste la notion de beat que tout le monde connaît (c’est à la mode) mais que personne ne comprend (c’est plus commode) ? La question a été posée des centaines de fois à son inventeur. Au point qu’il a fini par s’essayer lui-même au jeu des définitions. Trois textes, publiés coup sur coup à la fin des années 50, reviennent sur ce qualificatif incertain et ses innombrables dérives sémantiques. Kerouac commence par taper sur la table : «La Beat Generation n’est pas une bande de voyous, de culs-terreux, d’irresponsables et de déracinés», clame-t-il dans un article publié en février 1958. Avant de poursuivre : «Beat ne veut pas tant dire fatigué, ou éreinté, que beato, béatifique en italien : être dans un état de béatitude. Comment cela peut-il se faire dans notre monde moderne délirant? En pratiquant un peu la solitude, en partant tout seul de temps en temps pour engranger l’or le plus précieux : les vibrations de la sincérité.»

      Sincère jusqu’au bout de la route, Kerouac se montre moins convaincant lorsqu’il invoque un vieux motif onirique enfoui dans sa mémoire noyée par les utopies et l’alcool : «J’ai jadis fait un rêve au cours duquel je ne voulais pas que le lion mange l’agneau et le lion s’est approché et m’a léché le visage comme un gros toutou et puis j’ai pris l’agneau dans mes bras et il m’a embrassé. C’est le rêve de la Beat Generation.»

      A l’intérieur de cette fratrie, née à la fin des années 40, et qui un beau jour se leva pour parcourir l’Amérique dans toutes les directions, il y’a les Hot et il y’a les Cool. «Les premiers avaient le regard brillant et parlaient tout le temps; ils couraient de bar en bar, de piaule en piaule, à la recherche de bavards dingues animés par la même flamme.» Les seconds étaient plus laconiques, «ils passaient  leur temps devant une bière éventée», dans quelque cave beatnik, entourés de groupies muettes et habillées de noir. «Un mec hot comme moi a fini par se refroidir dans la méditation bouddhiste», confesse Kerouac au détour de son instructive description des us et postures de la génération dont il fut l’un des animateurs nocturnes les plus sincèrement remuants. Mais au petit jour, rattrapées par une matutinale gueule de bois, les idées s’embrouillent et la tentative de définition s’achève sur des propos qui, déjà, annoncent la fin dérisoire d’une époque. «Malheur à ceux qui crachent sur la Beat Generation, le vent le leur renverra!» Trop tard : le vent a tourné; sur le petit écran on diffuse ad nauseam des numéros beatniks. Cruelle consécration…Comme le sera celle de notre trublion quelques années plus tard. Tout vient à point pour qui sait attendre…

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23 décembre 2006

Bob Dylan, l'enfant terrible (1)

dylan_3Ca, c’est Dylan. Mon poète préféré. Il méritait bien une petite rétrospective.

PS: Vous l'aurez compris, je suis un adepte des feuilletons. Donc il en sera ainsi pour Dylan: une petite saga en plusieurs épisodes. Bonne lecture!

« Non, non, non ». Amsterdam, 1966. Dylan, premier sacrifié sur le grand autel folk de la contestation hippy des sixties, s’entête derrière ses Ray Ban désormais cultes. Entre deux clopes et trois acides, la bête traquée qu’il est devenu presque par hasard cherche désespérément la sortie. Starifié malgré lui par une jeunesse revendicatrice, Dylan vit mal les contraintes de la célébrité. Epuisé par trois semaines de nuits blanches mais sombres, il tente dans un ultime effort de clarté de discréditer cette étiquette branlante de petit génie de la chanson engagée. « Non, non, non…Je n’ai pas voulu révolutionner l’écriture des chansons, pas plus que la société d’ailleurs. Et non, l’étude de mes albums ne permettra à aucun artiste, jeune ou vieux, de perfectionner son art ». Amen. La messe est dite. Chant du signe avant l’heure, la tournée européenne entamée avec les Hawks au mois d’avril prend des allures de chemin de croix, et s’achève dans la débâcle et les cris du Manchester Free Trade Hall. Dylan, crucifié, refuse les concessions et hurle à la face d’un public déjà bien chaud son dédain et son mépris des conventions.

Posté par sal paradise à 18:33 - Dylan is my man - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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